Attention, mouvement sensoriel et biais cognitifs : du lien ?

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Attention, mouvement sensoriel et biais cognitifs : du lien ?

Ce qui m’a poussé à approfondir les neurosciences et à les transmettre aujourd’hui sous une forme accessible, simple et intelligible (non, non pas besoin d’être « intellectuel » pour appréhender les concepts et se faire plaisir avec la neurodanse !) et en lien avec la créativité, c’est entre autres ces histoires de biais cognitifs !

En effet, l’esprit humain fonctionne de manière biaisée.
Prise de décisions, choix, avis sur des situations ou des personnes, jugements, raisonnements, traitements des données et valeur que nous donnons aux informations que l’on perçoit sont sous l’influence de nos biais cognitifs.
Un cerveau averti étant moins sous l’autorité d’automatismes qu’un cerveau qui ne l’est pas, je vous propose un petit tour d’horizon de cette thématique pour éveiller votre vigilance.

 

Nous ne traitons pas l’information de manière rationnelle et objective. Par exemple, nous sommes enclins à penser que quelque chose est vrai simplement parce que nous y croyons. Nous avons tendance à accorder plus de poids aux informations qui confirment nos croyances qu’à celles qui les infirment. Un ami nous donne son avis sur quelqu’un et notre impartialité se voit bien mise à mal. Bref, nous sommes biaisés, pour le meilleur et pour le pire !

 

Biais cognitifs : définition

 

Ils sont des formes de pensée qui deviennent de la pensée logique ou rationnelle et qui ont tendance à être systématiquement utilisées dans diverses situations. Ils constituent des façons rapides et intuitives d’avoir un avis ou de prendre des décisions. Manières moins laborieuses qu’un raisonnement analytique qui tient compte de toutes les informations pertinentes.

Ces avis rapides sont souvent utiles mais sont aussi à la base de jugements erronés, de décisions inadéquates, de choix mal avisés ou d’appréciations incorrectes. Ils peuvent nous faire passer à côté d’opportunités qui se seraient peut-être avérées fructueuses, de bifurcations avantageuses ou de rencontres salutaires. Et je ne parle pas de notre portefeuille qui fait les frais maintes et maintes fois de ces travers !!

 

Daniel Kahneman (prix Nobel en économie en 2002) et Amos Tversky ont pu démontrer que la prise de décision ne s’appuie que partiellement sur la pensée rationnelle et le raisonnement. Cela remettait en question la théorie du choix rationnel. Par cette théorie ils ont pu expliquer certaines tendances vers des décisions irrationnelles dans le domaine économique. Depuis, une multitude de biais ont été identifiés.

Chacune des catégories de biais (sensori-moteurs, perceptifs, attentionnels, émotionnels, mnésiques, de raisonnement …) se déclinant sous d’autres biais. Ce qui en fait beaucoup ! Dans cet article je ne vais pas entrer dans ces détails, passionnant et très éclairant au demeurant ! (si ça vous intéresse RDV pour les 3 jours sur ce thème « Automatismes, nouveautés et biais cognitifs »)

 

 

Comment minimiser ces biais cognitifs ?

 

C’est là qu’entre dans la danse notre « Système 2 » !

Pour rappel, en psychologie cognitive, les modèles à processus duaux divisent le fonctionnement mental en deux systèmes fondamentaux : système 1 et système 2 (dont je vous ai déjà parlé dans l’article où je partage comment j’ai choisi de rejoindre le Népal en passant par l’Afghanistan).

 

Le système 1 correspond au mode « pilote automatique » de l’esprit. Il fonctionne sans contrôle délibéré, rapidement, avec peu ou pas d’effort. Comme nous agissons sur ce mode la plupart du temps, c’est le système 1 qui nous gouverne essentiellement. Il exerce donc une influence prépondérante sur nos comportements et nos décisions (ex : La vue d’un photo de serpent déclenche chez vous un état émotionnel de peur et ce processus est automatique).
Il englobe tous les processus psychologiques qui ne requièrent pas la réflexion volontaire consciente. Les processus auxquels il correspond fonctionnent de manière implicite, inconsciente et instantanément. Il est l’équivalent psychologique du système nerveux autonome, qui régule de façon automatique les fonctions vitales de l’organisme (digestion, respiration, etc.).

 

Le système 2 lui est un processus contrôlé. Il correspond à la réflexion volontaire et consciente, c’est-à-dire le fait de penser ou de réfléchir. (ex : écrire un mail professionnel, décider quelle voiture on va acheter,  jouer aux mots croisés, sont des situations qui mobilisent le système 2)
Il est beaucoup plus lent que le système 1 et il a une faible capacité car son fonctionnement repose sur la mémoire de travail. Il est très énergivore car il requière beaucoup d’efforts attentionnels. Il peut être vite distrait : il s’interrompt si notre attention est attirée ailleurs ou si le « capital attention » (qui est limité) est épuisé.

 

C’est le système 2 qui est en charge de nous faire douter, de ne pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes et de pas être trop crédule face à des discours ou des offres alléchantes. Mais il lui arrive parfois d’être indisponible, et de plus, il a souvent la flemme ! Et oui, la paresse est profondément inscrite dans nos cerveaux !!

 

La bonne nouvelle pour ceux qui voudraient déboulonner leurs biais cognitifs restrictifs (conséquences du système 1), c’est qu’avec un peu de motivation et un peu d’effort, le Système 2 est en partie capable de modifier la façon de fonctionner du Système 1.

Pour cela il va ouvrir nos perceptions et programmer les bons « neurones chefs » du set attentionnel (décider par avance ce à quoi je dois porter mon attention pour me faire un avis).
Une chose importante sera à activer en parallèle pour tirer profit de cette intelligence : la patience et la bienveillance. Le système est un véritable escargot. Et parfois c’est un peu agaçant !

 

Et quel rapport avec le mouvement sensoriel ?

 

Et bien c’est très simple : écouter finement dans les coulisses de son corps est une très bonne façon de muscler son système 2 !
Ne pas se contenter des sensations « grossières » que notre esprit capte au « premier coup d’œil », mais prendre le temps de s’ouvrir à ce qu’il y a derrière ou à côté de celles-ci. Etre calme et patient. Faire silence à l’intérieur pour pouvoir entendre le mouvement subtil interne. Ne pas fabriquer le mouvement ni même l’anticiper ne serait-ce qu’un quart de seconde. Être juste témoin de son émergence exactement au moment où il émerge, ni juste avant, ni juste après.
Apprendre à stabiliser son attention. Apprendre à repérer les fainéantises de son mental et les raccourcis qu’il serait tenté de prendre. Détecter les impatiences, les distractions ou les diversions de son esprit. Traquer les habitus perceptifs et moteurs qui nous font faire toujours plus ou moins les mêmes gestes, les mêmes danses, les mêmes types de déplacement.

Passer par le corps et la créativité c’est très concret et c’est un très bon levier pour faire entrer des nouvelles informations dans son corps-esprit, mettre en sourdine le système 1 au profit du système 2. La méditation assise et toutes autres pratiques dans lesquelles nous invitions l’esprit à être dans une écoute attentive, ouverte, non jugeante et sans préconception est une façon de le renforcer.

 

Mais, comme nous le rappelle le spécialiste français des biais cognitifs, Daniel Kahneman :
« Nous nous identifions naturellement à notre Système 2. La vérité est que nous sommes bien davantage le produit de notre Système 1 »

 

 

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Photo tout en haut de Igor Siwanowicz. Dessous d’une patte de scarabée vue au microscope !

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