You chose your destiny

You chose your destiny

Choisir et s’engager

 

Nous sommes début juillet 2006, je suis partie en voyage à vélo accompagné par mon frère depuis maintenant 8 mois. Arrivée en Iran je comprends que je ne peux pas continuer ce périple avec mon frère. Nos rythmes, nos capacités physiques, nos endurances respectives, nos envies et nos besoins n’arrivent pas à s’accorder. Après plusieurs semaines à tourner autour du pot j’accepte Que LA décision incontournable, évidente s’impose à moi. Presque comme si je n’avais pas le choix : je dois avoir le courage de nous séparer pour poursuivre seule le voyage. La décision, l’annonce, le passage à l’acte est difficile. J’ai peur. Pire que ça même je suis morte de trouille devant cette perspective !
Et en même temps je sens comme une forme d’excitation à ce nouveau départ qui se dessine. Comme si j’allais pouvoir me « réaliser », créer mon voyage, à ma cadence (d’escargot dirait certain), selon mes envies (me mettre en mode balade à bicyclette avec arrêt sur le bord de la route autant que j’ai envie pour contempler les ‘tites fleurs, respirer le bon air, taper une p’tite discute) plutôt que voyage sportif à vélo).

 

Iran, Juillet 2006, Sur la route entre l’Azerbaïdjan et l’Iran. Photo Béatrice Maine

 

Réfléchir un peu mais pas trop aux risques encourus

 

Sans trop réfléchir aux conséquences, aux risques encourus ni aux dangers potentiels qui traquent la voyageuse solitaire et avant que la peur me paralyse je saisi cet élan intérieur et file dans une agence de voyage pour réserver un vol Téhéran-Bombay. Pour mettre toutes les chances de mon côté seule je prend un billet avec un départ dès le lendemain. Car je me connais, j’avance d’un pas, je recule de 2, je r-avance de 2 pas pour finalement recule de 10 ! La vague du départ est maintenant et je la prend. Maintenant. Comme ça pas trop le temps de tergiverser, de changer d’avis, de remettre la décision à plus tard, de négocier avec moi-même, ni de laisser mon esprit m’assaillir de scénarii apocalyptiques sur une telle épopée seule.

 

Prête à embarquer, le message :  you chose your destiny

 

Iran, juillet 2006, jeune filles de Téhéran. Photo Béatrice Maine

Le lendemain soir à l’aéroport, vélo et sacoches sont emballés. Je suis dans la file d’attente pour l’embarquement, un gars me passe devant et se plante juste devant moi avec un T-shrit noir et une inscription rouge  » you chose your destiny ». Je sens mon coeur qui s’emballe, mes jambes qui commencent à flageoler, je prend la mesure dans tout mon corps de la décision que je viens de prendre et que je suis en train d’acter…

Carte d’embarquement scannée, nous attendons en file indienne pour monter dans l’avion, le gars me repasse devant et se replante sous mon nez avec son fameux T-shirt. Comme ci je n’avais pas bien compris le message envoyé par les instances supérieures !! Je réalise combien j’ai l’entière, pleine et totale responsabilité de la trajectoire que je donne à mon existence. Que je peux être totalement actrice de ma destinée et choisir. J’ai l’impression d’avoir au creux de mes mains une sorte de coton extrêmement fragile qui se déforme au gré de mes mouvements de pensée et de corps. Je suis la sculptrice, le coton entre mes mains est ma vie, mes doigts le modèle selon mes choix conscients (et inconscients) éclairés ou moins éclairés.

 

Parachutage en Inde. La déconvenue

 

J’atterrie en Inde. Le choc est brutal. J’avais un tas d’idée préconçues très positives sur ce pays. J’ai imaginé que c’était « le bon pays » pour commencer un nouveau voyage seule. Avec l’expérience de d’autres pays c’est surement l’un des pires pour un voyageur débutant et qui plus est une femme ! Mon rêve idéaliste de voyager à bicyclette le nez au vent, à planter ma tente où et quand bon me semble, le contact simple, calme et douillé avec la nature, les belles rencontres inattendues, etc…. tout cela est piétiné par la dureté du pays, le brouhaha incessant, l’extrême pauvreté, la pollution, les dépotoirs géant à ciel ouvert, la culture et les codes de communication si différents. Ma vision s’effrite au fil des kilomètre parcourus.

 

Je trouve les foules oppressantes qui s’attroupent en un clin d’œil autour de mois dès que je m’arrête, écrasant le regard des hommes sur moi, angoissantes leur gestes et leurs postures, suffocante leur énergie et leur frustration sexuelle. C’est partout, tout le temps : restaurant où je m’arrête manger, petite bicoque où je me rafraîchis, guest house bon marché où j’espère un peu de répis, sur la route en pédalant. La pression, les paires d’yeux par dizaine, les mains baladeuse, la foule, la curiosité, l’intérêt pour qui je suis me pèse. La mousson, la chaleur, la densité de la circulation, les propositions de sexes plusieurs fois par jour, les sollicitations incessantes me mettent dans une insécurité au bord du supportable.

 

Inde, novembre 2006, attroupement autour du vélo dans un village. Photo Béatrice Maine

 

Rêve qui vole en éclat et ouverte sur une autre dimension

 

Bizarrement dans cette adversité où je vois mon rêve être littéralement pulvérisé et voler en éclats une partie de moi s’accroche, y crois, ne lâche rien en même temps qu’elle lâche tout dépassée par la puissance du tsunami généré entre l’Inde et moi.
Je savais que ce voyage à vélo aurait une petite part « initiatique ». Je n’avais pas imaginé que « l’initiation » passerai par de tels remous, peurs, angoisses paralysantes, sueurs froides, coup de stress, départ à l’aube à peine naissante pour fuir un hôtelier mal intentionné, pédaler de toutes mes forces pour semer des « policiers » en mobylette qui me collent au baskets depuis 3 jours sous prétexte de « sécurité », de coups de gueule que je ne me voyais jamais capable, de jets de pierre à des hommes qui m’ont suivi jusque derrière les buissons où j’espère me soulager 30 seconde en paix. bref je me découvre moultes ressources pour le moins inédites et décoiffantes. Après quelques semaines de passage à la moulinette indienne je me dis que si je survie à l’Inde, après je pourrai passer partout, ça sera comme dans du beurre (bon, parfois le beurre a été un peu dur (cf : article sur la Mongolie) quand même mais cette initiation m’a été salutaire pour aller au bout de mon rêve) !

Tour du monde à vélo,Béatrice Maine

Inde, décembre 2006, départ à l’aube, seul moment de la journée où les routes sont paisibles. Photo Béatrice Maine

Choisir ses choix

 

A cette époque, et surement une des première fois de ma vie, je choisissais pleinement ma destinée, je faisais le grand plongeons dans l’inconnu. J’y ai bien perdu quelques plumes mais j’ai gagné en épaisseur, en densité, en foi, en courage, en puissance.
Aujourd’hui, plus de 11 ans après, cette petite phrase « you chose your destiny » m’a toujours accompagnée de près, comme un mantra ou un fil d’Ariane. Dans ma vie de femme, d’accompagnante, de conférencière, de comédienne, de solo entrepreneuse, j’ai souvent choisi, fait le choix de mes choix, « pris des risques », et comme en Inde, j’ai essuyé des pertes, traversé quelques tempêtes, encaissé des échecs MAIS, en même temps, j’ai toujours pris en consistance, en enseignement et j’ose espérer un peu en sagesse !

Et vous quel choix courageux avez vous fait dans votre vie ? Quelle décision avez-vous pris? Et vous a-t-elle conduite un peu plus vers la prise en main de votre destiné ?

Dans un prochain article je vous parlerai un peu de ce beau et très instructif livre de Charles Pépin « Les vertues de l’échecs »

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