Mission MSF clandestine en Aghanistan

Mission MSF Afghanistan - Béatrice Maine

Mission MSF clandestine en Aghanistan

Entre 1979 et 1989 alors que l’armée de l’URSS a envahi l’Afghanistan et s’affronte aux moudjahidines, Médecins Sans Frontière organise clandestinement des missions d’aides humanitaires dans l’extrême nord du pays. Durant dix ans, cette guerre ravage l’Afghanistan. Des petites poignées d’équipes médicales aussi courageuses que compétentes, audacieuses et téméraires vont œuvrer tant bien que mal dans des villages extrêmement difficiles d’accès.

« Au croisement des destins individuels et de la géopolitique, à l’intersections du dessin et de la photographie », le livre Le Photographe de Guibert, Lefèvre et Lemercier témoigne de la longue marche d’hommes et de femmes qui pansent, opèrent, soulagent, ravitaillent, guérissent paysans et guerriers d’une des régions les plus isolée de l’Afghanistan.

Juliette est la fille des époux Fournot installés en Afghanistan dans les années soixante en temps de paix. Son père est ingénieur et travaille pour le développement de certaines régions rurales du pays. Son intérêt pour les modes de vie, la spiritualité, l’artisanat et la culture afghane font de lui un homme respecté de tous. C’est dans ce contexte que Juliette, 15 ans plus tard, en 1979 quand la guerre éclate, devient chef de mission pour MSF. A 32 ans, elle évolue dans un milieu exclusivement constitué d’hommes afghans et pakistanais. Elle parle parfaitement la langue, connait les codes, les règles, les coutumes. Dans un tel contexte elle assure toute les tâches qui incombent à un chef de mission : recrutement des hommes sur place pour acheminer la caravanes, négociation et achat des bêtes, conciliabule avec les chefs des villages, distribution des salaires …. L’évocation de son nom de famille assure à son équipe la protection de bon nombre de chefs tribaux des campagnes et des aides cruciales pour mener à bien des missions clandestines à hauts risques dans ce pays en guerre.

Pendant deux mois à Peshawar au Pakistan, l’équipe de MSF va conditionner 4 tonnes de matériel médical et de médicaments par colis de 20 kg. Dans un premier temps le tout est expédié en camion à deux jours de route de Peshawar. Les ânes et chevaux sont entassés dans les véhicules et suivent les médicaments jusqu’à Chitral. Pendant que le convois passe la frontière Pakistanaise-Afghane par la voie officielle, l’équipe de MSF constituée de dix personnes (infirmières, anesthésistes, chirurgiens, médecins, interprètes) quitte Peshawar et passe la frontière dans la clandestinité totale, de nuit et cachée sous des burkas pour éviter les postes de contrôles militaires et les milices frontalières . Côté Afghan l’équipe de français retrouve la caravane au complet : 120 paysans et 30 moudjahidines armés pour assurer la sécurité la caravane.  C’est alors « un gigantesque mille pattes constitué de 860 pieds et sabots » qui va traverser la chaine himalayenne afin de rejoindre les vallées de Teschkan et de Yaftal pour y délivrer des soins, former du personnel et ravitailler deux hôpitaux de campagne pour une durée d’un an.

Ils vont marcher 35 jours, franchir 6 cols à plus de 5000 m d’altitude, faire de longs détours pour éviter les garnisons de l’armées soviétique, les grands axes routiers occupés par les chars, les territoires occupés par les factions rivales, les zones minées. Chemins escarpés, voies abruptes, ponts brinquebalants, marches de nuit par un froid mordant, passages de rivière à gué. La progression est lente, pénible, risquée. Le manque de nourriture se fait sentir cruellement chez tous. Des ânes tombent dans les ravins ou dans les torrents, d’autres s’écroulent de fatigue. Des mules sont abandonnées sur le chemin, vivantes mais blessées, elles sont incapables de poursuivre. Chaque bête qui flanche c’est deux semaines d’hôpital abandonnées en chemin…

 

Mission MSF en Afghanistan. Béatrice Maine

Photos du livre de la BD « Le Photographe »

 

Au bout d’un mois de marche, yeux cernés, visages émaciés, corps amaigris, une première équipe de quatre soignants et un chargement de matériel sont détachés dans la vallée de Teshkan pour un mois. Sylvie, une infirmière passera un an dans l’hôpital de fortune de ce village isolé, un hivernage particulièrement éprouvant à soigner toutes sortes de pathologies. L’autre moitié de l’équipe poursuit sa route jusqu’à la vallée de Yaftal. Dans ces contrées, les familles vivent en grand partie en autarcie. Moisson et culture des champs se font avec l’aides des animaux, les bœufs écrasent les épis au centre des villages, le grain est séparé de la paille par vannage par jour de grand vent.

Dans le village, le personnel s’installe comme l’année passée et comme leurs prédécesseurs dans ce qu’ils appellent « l’hôpital” : un préau ouvert à tous les vents sert de « bloc opératoire », la cour du village est la salle d’attente où sont classés les malades qui affluent. En dépit de l’extrême fatigue, de la poussière, de l’exiguïté des lieux, du dénuement logistique, chirurgiens, infirmiers font de véritables miracles.

En ce mois de septembre 86 les combats s’intensifient, les attaques russes s’amplifient sur les villages, les blessés de guerre arrivent jours et nuits, la mosquée du village est transformée en salle de soin. Qu’en au bouche à oreille, il a couru les montagnes et les malades arrivent des villages alentours, certains font jusqu’à 10 jours de marche à dos d’ânes pour se faire soigner par les français. C’est grâce à la présence des femmes dans l’équipe MSF que les afghanes viennent en plus grand nombre chaque année. Depuis un an seulement (MSF va chaque année dans ces vallées depuis 1979) les infirmières constatent que les femmes acceptent de parler et de se faire ausculter pour des problèmes gynécologiques.

Tandis que les médecins forment des villageois aux soins médicaux basiques, les moudjahidines eux forment des paysans de tout âge à la guerre. Faire des diagnostiques, apprendre à faire des injections et s’initier à l’utilisation d’une grenade sont enseignés dans des cours voisines du village. Les uns luttent contre les communistes, les autres font leur possible pour réparer les dégâts « collatéraux ». En 1986, la guerre fait rage, les seuls lieux d’apprentissage existants sont les mosquées. Des Mollahs éclairés font venir des enseignants pour transmettre quelques rudiments de lecture et d’écriture aux garçons. Mais dans la plupart des villages l’éducation des enfants se limite à ce qui leur reste : la religion et le militantisme guerrier. Juliette et son équipe voit émerger deux courants distincts : celui d’un islam qui se radicalise avec l’arrivée des missionnaires arabes et celui d’un islam nationaliste tolérant et ouvert.

Après un mois sur place et avant la tombée des premières neiges qui va isoler ces villages du reste du monde pour plus de 6 mois, John, Juliette, Régis, Robert, Evelyne, Odile, Mahmad, Michel, Ronald et Didier le photographe – et l’un des auteurs du livre- repartent pour le Pakistan. Quatre semaines plus tard ils seront à Peshawar.

Pendant 10 ans ces missions ont drainé près de 500 médecins, infirmiers et logisticiens volontaires. Sous les bombes soviétiques, dans l’imbroglio des rivalités et des alliances de la résistance, les équipes médicales maintiendront envers et contre tout leur action humanitaire en Afghanistan.  En 1990 un logisticien de 29 ans est assassiné. Ce crime politique entraine le retrait de toutes les équipes de MSF pendant deux ans.

 

Voyage en Afghanistan, bétarice maine

Photos Béatrice Maine, tour du monde à Vélo 2005-2008. Afghanistan

 

La lecture de cette BD me replonge dans mon voyage en Afghanistan. Bien moins audacieux et engagé que le leur, j’en ressort néanmoins bouleversée. En parcourant les pages du livre il me semble qu’entre 1987 et 2007 bien peu de chose ont changé : désert sanitaire et éducatif, villages difficiles d’accès, peu ou pas de véhicule à moteur, taux de mortalité maternelle et infantile des plus élevé au monde, voies de communication terrestres inexistantes ou presque et qui sont souvent théâtre d’évènement périlleux, parfois funestes du fait des talibans et bien sûr ni eau courante, ni électricité dans les maisons de terre. Je me souviens qu’en passant dans ces villages j’avais eu l’impression d’être propulsée dans un espace-temps long du 21ème siècle.  Il me faudra des semaines pour me remettre de la rencontre d’avec l’un des pays les plus touchants traversé pendant mes trois années de vélo.

 

Voyage à vélo en Afghanistan, beatrice maine

Photos Béatrice Maine, tour du monde à Vélo 2005-2008. Afghanistan

 

C’était en 2007, en juillet, pendant trois semaines je traverse le nord du pays d’est en ouest, dans les villages de montagne de la vallée du Panshir entre Kabul et Hérat. Les visages marqués par des décennies de guerre rencontrés dans la Tea House de Chegcheran, les regards profonds des femmes de Band et Mir, les sourires et les chants partagés autour de la cueillette des abricots dans le jardin intérieur d’un maison du village de Garmao, les mains rugueuses des vieilles femmes tendues vers moi m’implorant de leur donner des médicaments sur la route entre Bamyan et Yoakolang, les chars russes abandonnés sur le bord des routes et à l’entrée des villages, les explosions soudaines de mines antipersonnelles aux bords des pistes, les montagnes aux formes archéologiques étranges, les couleurs somptueuses, l’atmosphère ensorcelante de ces plateaux désertiques, les arrivées soudaines et bruyantes au beau milieu de la nuit de moudjahidines kalachnikovs aux poings dans les tea house où nous dormions… Tous ces souvenirs fréquentent encore souvent mes pensées d’aujourd’hui ….

Merci à Marie de m’avoir fait rencontrer ce livre.

 

A découvrir : Le Photographe aux éditions Aire Libre, une histoire vécue, photographiée et racontée par Didier LEFEVRE, écrite et dessinée par Emmanuel GUIBERT, mise en page et en couleur par Frédérique LEMERCIER.

 

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